22/10/2012
Premier dimanche de novembre
Maintenant, tu utilises ton portable pour envoyer des messages comme tu veux. Tu écris sur le mur de tes amis et tu publies des statuts, c’est facile.
Maintenant, imprimer, ça veut dire comprendre.
Il y a presque 600 ans, vers 1450, un homme qui s’appelait Gutenberg invente un truc de fou. Un système complet pour imprimer des textes. A la base, il avait fait un apprentissage d’orfèvre, donc il maîtrisait les alliages : plomb, fer, étain, antimoine… voilà qui fait une combinaison parfaite pour durcir le métal et fabriquer des caractères mobiles bien solides. C’est-à-dire réutilisables. On les met en place pour composer une page, on les enlève puis on les remet en place pour une autre page. Jusqu’alors, il fallait attendre une éternité que les moines copistes aient fini de recopier un livre. C’est d’ailleurs marrant que l’antimoine soit utilisé dans une invention qui va remplacer une partie du travail des moines. Mais rien à voir, antimoine ça vient d’anti-monos, c’est un élément qui ne se trouve jamais seul, toujours avec d’autres métaux.
Donc revenons à Gutenberg. En plus des caractères d’imprimerie en alliage, il invente aussi une encre d’impression spéciale, et surtout une presse à bras. La presse permet d’imprimer beaucoup d’exemplaires. L’accès à la connaissance devient plus facile. L’esprit critique trouve matière à réfléchir. Gutenberg imprime une grammaire latine, il imprime des poèmes, il imprime des indulgences pour l’Eglise. Une indulgence, c’était une remise de peine, dans l’Eglise catholique romaine. On obtenait l’indulgence en échange d’une action religieuse (prière, pèlerinage, etc.). Bien vite, il y a eu des abus : les gens achètent des indulgences, ils paient pour effacer un péché. Peu à peu, on commence à dénoncer ces abus, par exemple l’indulgence de 1506 qui est offerte à tous ceux qui donnent de l’argent pour construire la basilique Saint-Pierre du Vatican.
En 1517, le moine Martin Luther écrit sur un mur. Pas un mur comme celui que tu connais, mais sur les portes d’une église ; il affiche 95 phrases pour dire pourquoi il n’est pas d’accord, on les appelle les 95 thèses de Luther. Il fait cela le 31 octobre : il sait que le lendemain, le jour de la Toussaint, il y aura beaucoup de monde à l’église dans cette ville de Wittemberg, en Allemagne.
On n’est pas sûrs que Luther ait vraiment affiché ses protestations sur la porte de cette église. Ce qu’on sait, c’est qu’il a lancé le débat ! Dans sa thèse 43, il dit par exemple :
« Il faut enseigner aux chrétiens que celui qui donne aux pauvres ou prête aux nécessiteux fait mieux que s’il achetait des indulgences ».
Il continue :
« les trésors de l’Evangile sont des filets au moyen desquels on pêchait jadis des hommes adonnés aux richesses. Les trésors des indulgences sont des filets avec lesquels on pêche maintenant les richesses des hommes.
(thèses 65-66)
Ce débat, c’est le début de la Réforme protestante. Luther écrit, et fait imprimer ses idées pour en discuter : en 3 ans, plus de 300'000 exemplaires de ses textes seront vendus. C’est l’auteur le plus lu jusqu’en 1550. Best-seller ! Ses thèses, écrites en latin, sont tout de suite traduites en allemand et imprimées ; la presse imaginée par Gutenberg diffuse ce qui est l’un des premiers débats imprimés de l’histoire. En deux semaines, des copies des 95 thèses sont accessibles dans toute l’Allemagne, et en deux mois dans toute l’Europe.
Pour les Eglises protestantes de Suisse, ce premier dimanche de novembre commémore la Réformation. Ce mouvement porté par Luther, Zwingli et Calvin entre autres, né de la pensée de la fin du Moyen Age, a aussi contribué à transformer l’Eglise catholique. En fait, la question qui divisait était : « est-ce qu’on est sauvé par ce qu’on fait, ou par sa foi ? » En 1999, une déclaration commune a été publiée par deux fédérations d’Eglises protestantes et par le Vatican :
« Nous confessons ensemble que la personne humaine est, pour son salut, entièrement dépendante de la grâce salvatrice de Dieu ».
Cet accord a permis de dépasser les condamnations réciproques qui avaient eu lieu depuis la Réforme ; mais les protestants et les catholiques ne voient pas tout à fait les choses de la même manière : on parle donc de « consensus différencié », c’est-à-dire d’un accord qui admet les différences.
Malgré des tensions dramatiques, catholiques et protestants ont donc été stimulés à réfléchir et à se transformer par ces thèses affichées un certain 31 octobre.
Photo : Willy Heidelbach
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Commentaires
Merci pour votre blog et cet article! Bonne continuation! Av Aleksandr
Écrit par : Av Aleksandr | 23/10/2012
merci de rappeler le 1er novembre, les "indulgences", l'intellingence de Luther, ses thèses (celles que vous citez).
L'arrogance d'un "autorité" religieuse (étatisée: le Vatican) trahit l'évangile, Jésus et ce qu'il a de meulleur en nous!
Écrit par : cmj | 25/10/2012
PREMIER DIMANCHE DE NOVEMBRE
Les bras chargés de chrysanthèmes
Perdue dans ces allées inconnues,
Un petit peu mal à l’aise, quand même,
Tu pourras lui dire « je suis venue ».
Il y a si longtemps que dans ton souvenir
S’est ajustée son image, juste en filigrane
Que jamais rien, d’ailleurs, ne pourra détruire.
Tu avances, ton pas se fait promenade
En reconnaissant les lieux : cinquième platane
Devant ce mausolée, sur cette esplanade.
Tu te libères de tes fleurs, comme d’un lourd fardeau,
Heureusement, il ne pleut pas, il fait même beau.
Puis, pour retarder encore les retrouvailles,
Tu t’affaires, t’armes de ce balai de paille
Illusoire rempart de ton pauvre chagrin
Noyé dans la prière, qui te délivre enfin.
Écrit par : faventin | 01/11/2012
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