04.02.2012

Parler du jour du Mouled ?

Quand je discute avec des enseignants, j'entends que l'évocation de Noël en classe suscite parfois des réactions négatives d'élèves musulmans.

Si Noël est le premier moment de l'année où l'on parle des faits religieux, il me semble que ces réactions sont pertinentes. Comment être ouvert à chacun, accueillir la diversité et la richesse de toutes ces cultures ? Comment aborder ces sujets sensibles sans créer de tensions ?

 


Peut-être en parlant plus souvent, mais brièvement, des faits religieux. Par exemple en ouvrant l'année scolaire avec un regard sur le calendrier des fêtes, civiles ou religieuses, qui vont ponctuer ces mois ensemble.

Présenter la multiplicité des religions, en parler souvent, c'est une approche centrée sur la curiosité des élèves, leur soif d'apprendre ; à l'enseignant de mettre en contexte, de choisir quels faits aborder, de montrer l'influence respective des uns et des autres sur le coin de terre, le bout de planète où nous vivons.

Ce 4 février, les musulmans commémorent la naissance du prophète Muhammad en 570. Cette fête prend des noms divers : en Algérie, le jour du Mouled ; au Sénégal et au Mali : le jour du Gamou; Mevlid Kandili en Turquie, Mawlid an Nabi en Egypte.

A l'instar de Noël, célébrant l'anniversaire de la Nativité, le Mawlid an Nabi n'a jamais été célébré de son époque, ni par ses compagnons, ni par les musulmans sunnites des premiers siècles.

Sans être à proprement parler une fête religieuse, le Mawlid an Nabi est surtout un moment intense de partage et de convivialité durant lequel les musulmans rendent hommage à leur Prophète*.

Combien d'enseignants ont parlé de cette fête en classe, cette semaine ?

 

* Les fêtes de Dieu, Yahweh, Allah. Philippe Haddad, Nicolas Senèze, Kamel Meziti. Bayard, sept. 2011.

 

Commentaires

Ce n'est pas aux enseignants de parler de ces légendes religieuses à nos enfants. Il y a les rabbins, curés, pasteurs et imams pour cela.

Ecrit par : Ivan Skyvol | 04.02.2012

Je l'ai toujours pensé et dit : ce ne sont pas les germains qui ont fait tombé Rome, c'est sa décadence et sa faillite. En fait, ce sont les "Romains" eux-mêmes qui se sont détruits. Et les indous ? Les Sikhs ? Les Bouddhistes ? Les Juifs ? Les animistes, les Druzes, les Chiites, les taoïstes ET MÊME LES ATHÉES, n'ont-ils pas eux aussi le droit à leurs petites réactions négatives ?
Au fait, c'est quoi le jour que célèbrent les athées ?

Ecrit par : Jean Gowrié | 04.02.2012

Il est peu de fêtes des calendriers religieux qui unissent autant les hommes que la fête de Noël. C’est une fête chrétienne dans son essence, certes, mais elle déborde largement le cadre strictement chrétien pour devenir une fête qui associe aussi bien les enfants juifs que les enfants musulmans ou même que les enfants athées à une célébration chrétienne qui a perdu son caractère communautariste pour devenir universelle. Il est peut-être là le miracle de Noël : déborder largement le cadre de la communauté chrétienne pour devenir planétaire.

Le sens proprement chrétien, celui du croyant, s’est peu à peu dissout au profit d’une fête planétaire dans laquelle chacun se reconnaît. Mais cette perte du strict message chrétien n’est pas une perte sèche puisqu’elle a été redimensionnée par un sens plus large et plus intégrateur. En effet, on le sait, la fête la plus caractéristique du christianisme n’est pas la Noël qui unit les enfants mais bien la fête de Pâques : la résurrection du Christ est le centre du message chrétien dans ce qu’il a de plus profond. « Je crois en la résurrection des morts », tel est le credo proprement chrétien, c’est le message adulte de l’homme qui revient de la mort, de l’homme sur qui la mort n’a pas le dernier mot. Avec ce credo, la tombe est derrière nous, comme un destin désormais dépassé.

Or Noël a acquis une sorte de statut de fête, non seulement religieuse, mais encore civique : Noël marque la réconciliation des peuples et des hommes par-delà le christianisme, dépassant les frontières. Deux images dominent cette fête : d’abord celle de l’enfant. C’est l’enfant qui est peu à peu devenu le centre de Noël, cet enfant fragile et magnifique, déjà sacré, dans lequel se reconnaissent toutes les cultures humanistes actuelles. C’est ensuite l’image de la mère qui enfante, seconde image, puissante, profonde, grâce à laquelle la femme universelle se reconnaît. Doublement identitaire par l’enfant et par la mère, la fête de Noël parvient donc à augmenter le cadre du christianisme pour se généraliser. Dans son essence invisible, la nuit de Noël rejoint plus universellement l’humain, que l’essence visible du matin de Pâques, presque « inhumain » parce dépassant l’homme, dans son message qui défie la raison.

À l’inverse des autres fêtes religieuses, pas de culture martiale dans la fête de Noël, pas de revendication revancharde, aucune exclusion, aucun anathème jeté aux autres religions, mais tout au contraire un message qui demande à tout individu de se hisser jusqu’à l’humain qui est en lui. Il est là le vrai miracle de Noël : tenter de faire l’union par-delà frontières et rancunes, pour que puisse apparaître, une nuit, un jour, peut-être même une entière semaine, le visage universel de l’homme. Ce visage compliqué mais universel parce qu’en tout lieu du monde, c’est de la même manière que l’homme essaie de devenir un homme.

Ecrit par : Jean Romain | 06.02.2012

Je ne pense pas que des élèves chrétiens scolarisés en Inde ou au Japon oseraient s'offusquer qu'une tradition millénaire, même si elle a des origines religieuses soit respectée à l'école.
Comme toujours le problème vient du sentiment de supériorité de certains musulmans, explicitement encouragés par leurs textes sacrés il est vrai, qui leur enseignent qu'ils sont les seuls détenteurs de la vérité et que celle-ci y figure dans une expression d'immuable vérité.
Malheureusement ils sont encouragés dans cette voie par des interprètes naïfs du relativisme culturel qui, au lieu de se satisfaire de l'évolution de notre société vers une plus grande tolérance et donc vers plus de laïcité, se sentent une mission de fossoyeurs de nos traditions, même lorsqu'elles sont, pour certaines, déjà à demi-mortes, sans se soucier qu'ils laissent ainsi le champ libre à des cultivateurs dont les récoltes seront, elles, bien moins anodines et particulièrement amères.

Ecrit par : Mère-Grand | 07.02.2012

Aujourd'hui, le Japon est tolérant envers les autres religions et les autres spritualités.
Et je ne pense pas que le 1% des chrétiens pose problème. De toutes façons, Noël n'est pas fêté au pays du Soleil Levant. C'est le 1er janvier, fête du Nouvel An que les japonais célèbrent. Cette célébration peut ressembler a Noël, disons commercialement. La famille se réunit autour d'un repas. Les cadeaux sont distribués.
L'on se rend au Temple également. Des offrandes sont adressées à la divinité pour la remercier de l'année écoulée et lui demander les bienfaits de l'année à venir.

Ecrit par : Noëlle Ribordy | 07.02.2012

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