06.01.2012

Les rois et le nouveau-né

La frangipane, c'est un délice. Entre deux bouchées, j'admire le sachet en papier de ma boulangère : l'épiphanie, c'est royal !

Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de rois ?

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La date du 6 janvier a été choisie par les chrétiens pour célébrer l'épiphanie de Jésus, c'est-à-dire sa manifestation au monde ; mais au début, on fêtait ce jour-là toutes les manifestations de Dieu sur la terre : Nativité, adoration des mages, baptême de Jésus et noces de Cana. Ce n'est qu'en 354 que le pape Libère aurait fixé la date de Noël au 25 décembre ; l'épiphanie se réoriente alors. Vers l'Orient. Vers le lointain, d'où viennent les mages qui rendent visite à Jésus.

Depuis le Moyen âge, on tire les rois dans la galette, chacun peut devenir roi d'un jour. Renversement des places, inversion des rôles, jeu à l'envers qui rappelle le Carnaval et, avant, les Saturnales.

Inversion des rôles aussi dans cette scène du jour, où les rois mages viennent s'incliner devant un nouveau-né.  Savants, astrologues babyloniens, ils ne sont pas nommés comme rois dans le texte biblique mais le récit s'est petit à petit enrichi d'interprétations symboliques : les mages sont devenus des rois, ils sont devenus trois, ils ont trouvé des prénoms, des couleurs de peau, des origines. Représenter ces visiteurs de marque est un régal artistique évident qui a tenté peintres et sculpteurs depuis des siècles.

Les mages sont d'abord identiques : ils ont le même type, le même costume, la même attitude. En Occident, le nombre est fixé à 3 depuis Origène (185-224). Sous l'influence du chiffre trois, ils se différencient pour représenter les trois peuples issus des trois fils de Noé (Sem, Cham et Japhet) ; les trois parties du monde connues à l'époque : Asie, Afrique, Europe (ce qui posa un problème lorsque l'on découvrit l'Amérique : sur un retable portugais du XVIe siècle, le roi noir est remplacé par un chef indien du Brésil armé d'un javelot !) ; les âges de la vie : le vieillard, l'homme de la maturité et le jeune homme imberbe*.

Rien que d'imaginer la scène donne envie de prendre son pinceau ou son fusain. Crayon graphite, on voit déjà les jeux d'ombre et de lumière. Pastels aquarellables, pour toutes les nuances des costumes chatoyants. On se sent, hop, tiré vers le symbole, vers l'interprétation de ce récit. Chacun sa représentation mentale, personnelle, subjective. En même temps, chacun est imprégné d'une ou plusieurs cultures qui influencent cette représentation. Soi et sa culture, soi et sa perception, soi et les autres.

 

* Pour décoder un tableau religieux, E. et R. Burnet, préface de R. Debray, éd. Cerf, 2006, pp. 22-23

 

11:50 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | |  Facebook

Commentaires

Oui, un beau symbole, les rois mages, mais contrairement à ce qu'on croit souvent, pour la tradition, le texte biblique canonique n'est pas toujours fondateur, en fait, il y avait dès l'origine des traditions orales qui n'ont été révélées que peu à peu par des écrivains postérieurs. La postériorité d'une évocation dans la littérature ne prouve pas que l'idée est réellement née après, tout ne s'écrivait pas.

Ecrit par : RM | 06.01.2012

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