19.12.2011

Lectures de Noël

Cette semaine, beaucoup d'entre nous vont entendre le récit de la naissance de Jésus.  Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste...

Il peut sembler difficile de lire ce texte en classe. Mais pourquoi, en fait ? Pourquoi, sans prendre parti, ne pas le lire comme on le fait à l'école, c'est-à-dire lire en cherchant à comprendre ce qui a été dit, lire en expliquant ce que l'auteur a voulu exprimer ? Pourquoi les textes religieux seraient-ils hors d'atteinte de l'analyse littéraire, cet outil à révéler les trésors des mots ?

 


En réfléchissant à cette question, me revient en tête l'analyse que propose le professeur Yves Tremel*. Il éclaire notre compréhension du texte en donnant à voir le côté « travaillé » du récit de Luc, sa composition soignée, littéraire ; et selon lui, cette composition montre bien qu'il ne s'agit pas ici d'un reportage, mais qu'on est dans un autre registre, celui du symbole.

Il explique aussi que Matthieu et Luc ne s'intéressent pas de la même manière à la naissance de Jésus ; il peut donc être fructueux de comparer des passages de ces deux évangiles. Matthieu voit l'enfance du point de vue de Joseph, Luc du point de vue de Marie.

L'étoile, l'or, l'encens et la myrrhe, d'où viennent-ils ? A-t-on des explications historiques à ces éléments narratifs ? Ne cherchons pas de ce côté. Ces éléments, dit Yves Tremel,  font référence à l'Ancien Testament.

La volonté de faire le lien avec l'Ancien Testament, de le transformer à la lumière des éléments nouveaux, enrichit ces textes d'une profondeur dont il faut tenir compte. Comprendre les récits de naissance de Jésus, c'est aussi parvenir à les situer dans leur contexte. Et on saisit mieux alors pourquoi la nativité occupe une place assez réduite dans la Bible. Noël a d'abord été une fête païenne, ensuite une fête hérétique, et a eu beaucoup de mal à se faire admettre dans la grande Eglise. Les chrétiens n'ont pas commencé par fêter Noël. Le centre de la foi chrétienne n'est pas Noël, mais Pâques.

Expliquer quels symboles sont cachés entre les lignes de ces récits, décrire quelle peut être la réception de ces textes pour les chrétiens, faire entrer les mots en résonance... de belles perspectives au détour d'un cours de français, non ?

* les 5 pages de cette analyse sont disponibles sur notre site www.ecolelaique-religions.org

(onglet Ressources & liens / Noël à l'école laïque)

Commentaires

"de belles perspectives au détour d'un cours de français, non ?"

Non, car c'est de la propagande religieuse et le canton de Genève est un canton laïc.


"Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste..."

En 860. Après la relégation d'Hérode le Tétrarque et la prise de contrôle direct de la Judée par les Romains.
Récit incompatible avec l'autre variante qui introduit une date antérieure à 849, du vivant d'Hérode le Grand.
La leçon peut porter sur les variantes incompatibles des textes, démontrant leur constant tripatouillage. Bref, que les textes se contredisent et mentent.
Les récits de la naissance sont des faux grossiers qui ont été rajoutés très tardivement.

La liste des ascendants peut aussi être utilisée.
Et il y a de multiples autres exemples, en fait il n'y a que l'embarras du choix.

Ecrit par : Johann | 19.12.2011

Il est exact que Noël a plus été imposée par le peuple que par l'Eglise. Le 25 décembre était la fête de Mithra, dont le culte était majoritaire dans l'Empire romain. En revanche, contrairement à ce que pense M. Tremel, Noël s'est imposée très rapidement dès le 4ème siècle et l'Eglise a très vite "récupéré" cette fête populaire, avec la célèbre sentence "Le mystère de Noël doit s'éclairer à la lumière de Pâques", destinée à lui enlever ses relents païens.

Enfin, tout ce qui entoure la Nativité elle-même ne relève en rien de la Bible, mais constitue soit la reprise de clichés populaires, soit tente de faire résonner christianisme et mithraïsme dans un syncrétisme qui semblait alors de bon aloi. Ainsi, par exemple, Mithra avait créé la vie en fertilisant la terre du sang d'un taureau qu'il avait sacrifié après l'avoir sacrifié (c'est la fameuse taurotocnie mithraïque). D'un autre côté, la tradition juive voyait venir le messie montant un âne (Zacharie 9 : 9). Cela avait suffi pour créer l'histoire de l'enfant Jésus placé entre un boeuf et un âne... D'ailleurs, on devine les relents païens de cette histoire dans le fait que, pour certains, le boeuf et l'âne "adoraient" le Seigneur. Or, les animaux n'ayant pas d'âme, ils ne sauraient "adorer" le Seigneur, prérogative qui n'est donnée qu'aux humains...

Ecrit par : André Baldini | 20.12.2011

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