18.12.2011
Le sage et le fanatique
Un commentaire de Johann, cette semaine, demande si, en enseignant les faits religieux aux élèves genevois, on va aussi leur parler de tous les crimes commis au nom des religions. C'est vrai que le terme de religion évoque immédiatement, pour certains, celui de guerres de religion. S'il me semble indispensable de garder les yeux ouverts sur ces réalités terribles, je suis pour qu'on aille plus loin dans cette réflexion.
Oui, il y a eu, il y a encore, des guerres de religions. Et oui, les religions ont apporté, apportent encore, des avancées indéniables pour les êtres humains. Les horreurs causées par les guerres ne sont-elles pas liées à nous, je veux dire toi, moi, lui, elle, à la condition humaine même, aux zones d'ombre que nous ne parvenons pas tous, pas toujours, à maintenir inoffensives ?
Le philosophe Roger-Pol Droit, dans son excellent petit livre Les religions expliquées à ma fille*, répond ainsi à la question de Marie, sa fille de 13 ans :
- "Et il y a des fanatiques dans toutes les religions ?
- Hélas, oui ! On ne connaît presque pas d'exceptions. Mais il faut ajouter tout de suite que dans toutes les religions il y a aussi de grands sages qui ont refusé le fanatisme. Ces sages ont insisté sur le respect des autres, sur la tolérance. Ce serait donc une erreur de croire qu'il existe d'un côté les religions avec les fanatismes qu'elles peuvent faire naître et de l'autre côté, en dehors du domaine religieux, l'esprit de tolérance. Au contraire, il y a presque partout des fanatiques et presque partout des esprits tolérants ».
Si, pour ne pas avoir à répondre à cette question sur les guerres de religion, on n'aborde pas les faits religieux en classe, on laisse les élèves sans points de repère. Ceux qui n'auront pas reçu d'information à la maison resteront privés d'accès à tout un héritage culturel et peu préparés à comprendre le monde.
Dans la préface de son livre, Roger-Pol Droit défend la nécessité de parler des faits religieux aux enfants, "pour la culture générale et la compréhension des oeuvres d'art. Pour la vie quotidienne dans le monde actuel. Dans tous les pays, à présent, voisinent des gens de croyances différentes, qui doivent apprendre à se connaître.
Ce n'est pas tout. Les religions sont un élément essentiel de l'expérience humaine. Si nous n'en parlons pas à nos enfants, des trésors d'humanité risquent de leur échapper totalement".
Et vous, qu'en pensez-vous ?
*Seuil, 2000. 64 pages.
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| Tags : enseignement des faits religieux |
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Commentaires
Je dirai, malheureusement, les Religions font partie de nos civilissations. Je considère la Religion comme un pouvoir simplement. Le pouvoir peut être religieux, politique ou économique.
Le visage de Dieu a changé d'aspect à chaque époque, je dirai qu'il est tendance. Selon les aspirations des hommes, leur imaginaire, leurs désirs, Dieu prend les traits de la Nature, de l'animal, d'un mi-homme mi-dieu, d'un homme ou tout à la fois.
Une petite histoire à raconter aux élèves: Au temps des Assyriens ( les preuves existent puisque des tablettes ont été découvertes relatant leur mode de vie) la divinité nationale était "ASHUR". Le peuple pensait que son Dieu était satisfait lorsque des prisonnieurs étaient exécutés devant son sanctuaire.
Pour plaire à leur Dieu, voici ce que le chef disait:
"J'ai fait brûler trois mille prisonniers.
..Des autres guerriers qui ont comploté contre moi et qui ont pêché contre le Dieu ASHUR, "de leurs bouches hostiles, j'ai ait arracher leur langue. Quant à ceux qui étaient vivants, j'en ai fait un sacrifice funéraire, j'ai donné leurs membres déchirés aux chiens, aux porcs et aux loups....
Dans l'histoire de la civilisation de Will Durant, vous trouverez non pas un enseignement mais toute l'histoire des hommes de l'héritage oriental en passant par la vie de la Grèce, César et le christ, la réforme et plus encore....
Ecrit par : Noëlle Ribordy | 18.12.2011
Votre billet soulève un grand nombre de questions, comme l'intervention de Johann et l'ouvrage de Roger-Pol Droit. Impossible dans le limites des blogs de les traiter toutes et surtout en de manière approfondie.
Je me contenterai de faire quelques remarques, de manière plus ou moins provocatrices pour certaines:
Bien qu'athée j'ai tendance à penser que les religions sont un essentiel (encore que le terme me semble trop marqué de philosophie religieuse) de l'expérience humaine. Cela à condition toutefois que l'on englobe dans "religions" toutes les croyances et courants qui sont non seulement hors des dites "grandes" religions, mais aussi antérieurs à elles.
Si les religions ont toutes leurs parts d'ombre et de lumière, comme vous le laissez entendre en accord avec Droit, qu'elles ont toutes leurs fanatiques (meurtriers à l'occasion) et leurs sages, elles ne se distinguent guère de toute autre manifestation ou construction de l'esprit (au sens général) humain. Du moins ne se distinguent-elles alors que par leur prétention à refléter la perfection d'un être ou d'êtres surnaturel(s) généralement un ou plusieurs dieux, dont les êtres humains ont acquis ou prétendent avoir acquis une connaissance imparfaite, non démontrable par les moyens habituels de la connaissance, qui exigent une possibilité d'accord méthodologique, de compréhension mutuelle et si possible d'accord ou de désaccord non générateurs de conflits violents.
A première vue ce que je viens d'écrire peut s'appliquer tout aussi bien à des conceptions philosophiques de l'existence, à des idéologies politiques ou autres choix de vie qui paraissent essentiels à leurs pratiquants. Comme il est évident que les phénomènes évoqués ci-dessus engendrent régulièrement des désaccords allant de conflits interpersonnels aux guerres organisées, il en va nécessairement de même pour ce que vous appelez ici "les religions", le ou les dieux qui y sont invoqués n'intervenant pas (dans leur grande bonté ou sagesse) dans les affaires des hommes pou les empêcher.
En admettant toutefois la présence universelle des religions, en reconnaissant même la nécessité de limiter le nombre de celles dont on présentera les caractéristiques essentielles dans les écoles, il faudrait donc les présenter comme d'autres faits de civilisation ou de culture, avec les mêmes difficultés que rencontre la présentation des idéologies politiques et de leurs conséquences économiques et autres dans nos écoles.
Sauf que nos professeurs d'histoire et de philosophie sont probablement plus compétents en ces matière qu'en matière de religions, puisque seuls les Historiens des religions de formation non théologique seraient à même d'avoir des connaissances et une distance suffisante par rapport à leur sujet d'enseignement pour éviter toute forme de propagande religieuse touchant à leur foi personnelle et intime.
Suivant les religions présentées, suivant a composition des classes enseignées et la provenance nationale ou religieuse des parents d'élèves, cela ne me semble possible que de manière tellement neutre que la demande de Johann ne puisse être satisfaite. Et si elle ne l'est pas, cela équivaudra à présenter le Marxisme sans ses applications (ou pseudo-applications), c'est-à-dire sans Staline est les goulags, présenter l'économie capitaliste sans mentionner le colonialisme et son exploitation du tiers-monde, le Catholicisme sans l'Inquisition, l'Islam sans les châtiments corporels, les religions d'Afrique et d'Océanie sans les mutilations corporelles.
J'en reste là, non sans évoquer le soupçon que je nourris (à contre-coeur) que se profile à travers tout enseignements des faits religieux le sentiment intime que "en être" est supérieur à ne "pas en être", que vouloir s'approcher ou connaître à travers la foi la Vérité divine fait des uns des êtres humains non pas nécessairement supérieurs mais au moins plus dignes d'être fréquentés de près en égaux, que ce soit dans la vie présente ou dans un au-delà espéré.
Ecrit par : Mère-Grand | 18.12.2011
Contrairement à Mère-Grand, je ne crois pas que l'enseignement religieux doit être conduit par des professeurs "théologiens".
Tout un chacun est à même de saisir l'histoire des religions. Il suffit de mettre de côté la spiritualité qui relève plus de la "psychanalyse", et qui tout comme elle n'est pas une science exacte.
Et alors la chronologie du fait religieux est aussi simple que l'histoire enseignée à l'école primaire. Les dates, la période, les noms des protagonistes des croyances de l'humanité seront diffusés à l'enfant comme n'importe quelle autre leçon.
Ecrit par : Noëlle Ribordy | 19.12.2011
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